Banque et PME au Burkina Faso : comment l’insécurité redessine la carte du crédit

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Dr Forogo

Depuis 2015, la crise sécuritaire au Burkina Faso bouleverse profondément l’économie nationale et fragilise particulièrement les PME, qui représentent pourtant l’essentiel du tissu économique. Une étude menée par Dr. Patrice FOROGO révèle que l’insécurité est devenue un facteur déterminant dans l’accès au crédit bancaire. Entre garanties jugées excessives, procédures complexes et zones considérées à risque, de nombreuses entreprises renoncent même à solliciter un financement. Cette situation pose un défi majeur pour la résilience économique et la stabilité du pays.

 

Le Burkina Faso fait face à une crise sécuritaire profonde qui affecte fortement son environnement économique. Si tous les secteurs d’activité sont touchés, les Petites et Moyennes Entreprises (PME) figurent parmi les plus vulnérables. Pourtant, elles représentent près de 85 % des entreprises formelles du pays et emploient environ 60 % de la main-d’œuvre, ce qui en fait un pilier essentiel de l’économie nationale.

 

Une recherche récente menée par Dr. Patrice FOROGO, cadre supérieur de banque, expert en management des entreprises et des organisations, chercheur associé de l’ASMP et Directeur général de la Banque commerciale du Burkina (BCB), met en lumière un problème majeur : le financement des PME/PMI dans un contexte de crise sécuritaire au Burkina Faso.

 

L’étude révèle d’abord un phénomène préoccupant : de nombreuses entreprises n’osent même plus demander de crédit. En effet, seules 42 % des PME interrogées ont sollicité un prêt bancaire au cours des douze derniers mois. Ce chiffre traduit une forme d’auto-censure financière. Beaucoup d’entrepreneurs renoncent à entamer les démarches auprès des banques, convaincus à l’avance que leur demande sera rejetée.

 

Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Les exigences de garanties financières sont souvent jugées trop élevées par les entrepreneurs. À cela s’ajoutent des procédures bancaires perçues comme longues et complexes, ainsi que le coût du crédit. Mais le facteur le plus déterminant reste le risque sécuritaire élevé dans certaines zones du pays. Pour de nombreux chefs d’entreprise, ces conditions rendent l’accès au financement presque inaccessible.

 

La crise sécuritaire a également profondément modifié la perception du risque par les institutions financières. Certaines zones du territoire sont désormais considérées comme trop risquées pour l’octroi de crédit. Dans ces conditions, des projets peuvent être refusés uniquement en raison de leur localisation.

 

Les banques craignent notamment l’abandon de chantiers en raison de l’insécurité, l’impossibilité d’accéder aux sites pour suivre les projets ou encore les retards et blocages de paiement liés aux perturbations des activités économiques. Cette situation crée ce que les chercheurs qualifient de « stigmatisation territoriale », où certaines régions deviennent progressivement exclues du système financier formel.

 

Par ailleurs, l’étude souligne que les dispositifs publics de soutien aux PME restent encore peu connus et souvent jugés lents ou inadaptés aux réalités du terrain. De nombreux entrepreneurs estiment que ces mécanismes ne répondent pas suffisamment aux défis spécifiques liés à la crise sécuritaire.

 

Face à ces difficultés, plusieurs PME se tournent vers des solutions alternatives pour financer leurs activités. Certaines font appel aux institutions de microfinance, d’autres s’appuient sur les tontines, les crédits fournisseurs ou encore les mécanismes de finance islamique. Si ces solutions permettent parfois de maintenir les activités à flot, elles demeurent limitées pour soutenir une véritable expansion économique.

 

Pour améliorer l’accès au financement, l’étude propose plusieurs pistes d’action. Elle recommande notamment la création de fonds de garantie spécialisés pour les zones fragiles afin de partager les risques avec les banques. Elle suggère également le développement de produits financiers innovants, comme l’affacturage qui permet de financer les factures déjà émises. L’encouragement de la finance islamique et des mécanismes participatifs constitue aussi une alternative intéressante pour certains entrepreneurs.

 

Par ailleurs, l’étude insiste sur la nécessité de renforcer la structuration et la formalisation des PME, notamment à travers une meilleure organisation comptable et administrative. Une telle évolution pourrait contribuer à réduire les incertitudes pour les institutions financières et améliorer la confiance entre les banques et les entreprises.

 

Au-delà de la dimension économique, la question du financement des PME revêt également une importance sociale et sécuritaire. En soutenant l’entrepreneuriat et la création d’emplois, notamment pour les jeunes, les PME peuvent jouer un rôle déterminant dans la réduction des facteurs de vulnérabilité et dans le renforcement de la résilience des communautés.

 

Dans un contexte de crise prolongée, soutenir les PME ne relève donc plus seulement d’une politique économique. Il s’agit également d’un enjeu majeur pour la stabilité sociale et la reconstruction du tissu économique national.

 

Auteur : Dr. Patrice FOROGO
Cadre supérieur de banque, expert en management des entreprises et des organisations, chercheur associé de l’ASMP, Directeur général de la Banque commerciale du Burkina(BCB).

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